“Le courant Cyber-Punk provient d’un univers où le dingue d’informatique et le rocker se rejoignent, d’un bouillon de culture où les tortillements des chaînes génétiques s’imbriquent”  (Bruce Sterling)

Le Cyber-Punk est avant tout un sous-genre de la Science-Fiction, dont l’origine remonte au début des années 80, avec le roman de William Gibson : “Neuromancer” (1984). Ce roman est considéré comme fondateur du genre. Cependant, on peut considérer que des bouquins comme “1984″ de Georges Orwell (1948) ou encore “Le meilleur des mondes” d’Aldous Huxley (1969) ont fortement influencé la naissance de ce mouvement littéraire. En effet, les thématiques abordées dans ces deux derniers livres font partie des sujets fondamentaux du Cyber-Punk (contrôle des mentalités, dystopie, thème du Big Brother).

Le monde cyber-punk est un univers complètement déshumanisé. Le héros est d’ailleurs plus un anti-héros qu’autre chose, et s’apparente le plus souvent à un hacker révolté contre l’état du monde dans lequel il vit. Monde soumis à des corporations super-puissantes contrôlant tous les aspects de la vie humaine et les Etats eux-mêmes, se livrant des guerres d’intérêt impitoyables à travers ces derniers (voire parfois à ciel ouvert). On parle dans ce cas de dystopie (roman décrivant, par opposition à l’utopie, le pire monde qui soit – en général apparenté à un monde dominé par une dictature absolue sans considérations pour les libertés fondamentales). On évolue donc dans un monde violent, an-esthétique, où les personnages sont parfaitement cyniques et désabusés. Pas de vrai “gentil” comme dans les contes de fée. Cela n’existe pas dans un tel univers.

Le thème de l’intelligence artificielle est indispensable à tout bon roman cyber-punk qui se respecte (la “Matrice” dans le “Neuromancer” en est un parfait exemple). Il s’agit d’un réseau virtuel s’étendant sur le monde entier, dans lequel le héros-hacker se connectent grâce à des implants nano-technologiques, et dans lequel il a toutes ses aises pour lutter plus ou moins efficacement. On pense tout de suite à Internet. Bah c’est ça, en fait ! :-)

Les romans cyber-punk, au contraire des autres histoires de science-fiction, se déroulent dans un futur proche. Certains récits pourraient même se passer de nos jours et cela est particulièrement frappant dans certains films pouvant relever de ce mouvement. Par exemple, “Les Fils de l’Homme” d’Alfonso Cuarón (2005), ou encore “Soleil Vert” de Richard Fleischer (1973). L’univers dépeint dans ces oeuvres cinématographiques ressemble de manière troublant au nôtre. C’est en cela que la littérature et le cinéma cyber-punk pourraient paraître gênants, car complètement plausibles. L’horreur qui y est décrite peut se produire à tout moment.

Et même, certains aspects mis en lumière par ce genre sont aujourd’hui plus que d’actualité : Internet tout d’abord, mais aussi la théorie du complot secret des corporations super-puissantes. Ne pense-t-on pas alors tout de suite aux multiples remontrances adressées par les Etats (et les populations elles mêmes) aux banques et particulièrement aux traders après le dur coup de la crise économique de 2008 ? Nombreux sont maintenant ceux qui voient dans ce monde financier virtuel, abstrait, déconnecté de tout sens des réalités, une sorte d’entendement planétaire pour dominer le monde. N’obéissant à aucune lois sinon les leurs, contrôlant les Etats par l’argent, le rapprochement est très vite fait entre ce thème des romans cyber-punk… et la réalité d’aujourd’hui.

Tout comme la problématique de la pollution, la surpopulation et le décalage de plus en plus grand entre riches et pauvres, autres thèmes récurrents dans cette littérature. Ne parle-t-on pas de plus en plus de ce type de sujets dans les journaux que l’on lit chaque jour, à la télé ce soir, par exemple ; à la radio ?

Le sujet de la technologie ultra-développée est aussi travaillé, au travers d’une certaine fusion entre la Machine et l’Homme. Les relations entre eux sont donc traitées et se retrouvent très fréquemment. Mais le Cyber-Punk est avant tout pessimiste et tourne cela en constatation d’une technologie plus rapide que l’Homme, lequel est dépassé par celle-ci. Elle le domine et régit sa vie, lui ôtant les derniers restes de son humanité. Les êtres de ces romans sont hybrides, dotés d’implants de tous genres qui augmentent leurs capacités et leurs performances. Et quand ce ne sont pas les machines, c’est carrément la manipulation génétique qui est à l’origine de cette course à la surhumanité.

Troublant genre, qui renvoie cruellement à nos yeux une autre possibilité complètement actuelle : l’augmentation des capacités humaines grâce à des implantations nano-technologiques, suivie d’une théorie en vogue dans certains universités américaines et qui prône un changement radical de la nature de l’Homme pour le transformer en Sur-Homme : le Transhumanisme.

Tout cela est bien noir… mais à la différence du Punk pur, lequel est absolument pessimiste, le Cyber-Punk entrevoit un espoir d’amélioration pour l’humanité. Cet espoir se trouve justement dans la technologie et dans ce réseau informatique surpuissant, qui permet le mieux possible de faire circuler l’information. Celle ci est vue comme la dernière chance de salut de la race humaine et de la planète face à des gigantesques conglomérats qui foulent à leurs pieds les derniers restes d’une démocratie pervertie.  C’est le rôle qu’essaye de remplir l’anti-héros cyber-punk par excellence, insignifiant bout de viande et de métal perdu au milieu d’une marée grisâtre et rouillée. C’est ainsi que du “No Future” punk, on glisse vers le “No Future? Future is Now!” cyber-punk (slogan figurant comme titre d’une des chansons du groupe allemand Project Pitchfork sur leur album “Kaskade” : “The Future Is Now”). Intéressant paradoxe donc, entre des progrès techniques dépassant l’Homme, mais étant en même temps son seul espoir de survie…

Né au début des années 80, le Cyber-Punk est donc aujourd’hui plus que d’actualité et son regard froid ; cynique, sur les problématiques de nos jours joue comme un effet de miroir. “Cyber” de par son côté futuriste et son univers de science-fiction, “Punk” par sa position politique radicalement à gauche de la gauche (anarchisme ou marxisme).

Plus qu’une littérature, ce mouvement a influencé les artistes dans le domaine du cinéma (voir par exemple les films précités, même si “Soleil Vert” fut réalisé neuf ans avant le “Neuromancer”, ou alors cf. la série “Matrix” des frères Wachowski, “Blade Runner” de Ridley Scott, “I Robot” d’Alex Proya, et bien d’autres), de la bande-dessinée (notamment les BDs d’Enki Bilal), ainsi que la musique (dont l’electro-dark, indus et aggro-tech).

Quelques auteurs cyber-punk : Bruce Sterling, William Gibson, Rudy Rucker, Mark Laidlaw, Greg Bear, Pat Cadigan.

Voici quelques images qui illustrent bien l’esthétique cyber-punk :